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Voyages, rencontres & aventures

2001 février Soudan & Ethiopie

11 Avril 2015 , Rédigé par Fifou d'ailleurs

2001 février Soudan & Ethiopie

Il y a 15 ans, je suis allé au Soudan et en Ethiopie. D'habitude, je n'aime pas trop l'Afrique, mais je dois reconnaitre que ce pays est tout à fait magique. On me demande parfois quelles sont mes destinations préférées. Je réponds sans hésiter : L'Ethiopie, Madagascar, le Brésil, le Cambodge et le Groenland.

A Khartoum, je visite le Musée National, j'avais envisagé d'aller à Nuri voir les pyramides et à Méroé pour les sites pharaoniques mais cela s'avère très compliqué.

En débarquant de l'avion à Addis Abeba, je n'avais pas vraiment d'idée préconçue. Je voulais voir 3 choses : Les chutes du Nil bleu, les châteaux-forts de Gondar et les églises monolithiques de Lalibela (la Jérusalem noire). C'est sans conteste Lalibela qui est l'étape la plus marquante. Je suis resté une semaine dans cette ville-sanctuaire. Elle a été créé parce que les chrétiens ne pouvaient plus se rendre à Jérusalem en pélerinage (suite à l'arrivée des musulmans au Soudan, bloquant la route du nord), par conséquent ils ont créé de toute pièce un lieu de pélerinage pour toute l'Afrique. Il y a donc 11 églises comme celle-ci. On passe de l'une à l'autre par des souterrains creusés dans le rocher. Chaque église est creusée dans un seul bloc de pierre qui est ensuite évidé, c'est hallucinant. Chaque matin, j'allais à la messe à 05h00 (elle dure 4 heures et on est debout, d'où l'utilisation de leurs grandes cannes qu'ils coincent sous les aisselles pour se reposer un peu). On voit des prêtres qui récitent des prières partout. Il y a aussi beaucoup de mendiants et de pélerins. Bien entendu le pays est d'une pauvreté incroyable. On ne peut pas donner d'argent à tout le monde, cela ne suffirait pas de distribuer des piecettes du matin au soir, alors je distribuais des sourires, signe ostentatoire d'empathie, que l'on comprend, on partage moralement et humainement leur douleur sans pouvoir la soulager matériellement. De ville en ville, en changeant mes Euros je demandais régulièrement s'il y avait des distributeurs de billets et l'on me répondait inmanquablement qu'à Addis, la capitale il y en avait. Me voici arrivé à Gondar, la ville sombre avec ses pierres de basalte et son ensemble de châteaux et de résidences royales. Les Ethiopiens sont d'une gentillesse rare, ils m'ont souvent inviter dans leur famille pour la cérémonie du café. La mère de famille écrase les graines de Moca et tout le processus prend au moins deux heures pour déguster un petit café inoubliable. Ils n'ont rien et offrent tout. J'ai parfois été tenté de faire le parralèlle (un peu facile) entre la générosité des habitants et le PNB du pays. Plus le pays est riche et plus les gens sont égoïstes. Plus il est pauvre et plus ils partagent le peu qu'ils ont. Bon, ça fait cliché, c'est superficiel mais pas tant que ça, vous allez voir. Juste un exemple en faisant de l'auto-stop. C'est frappant, plus le pays est pauvre et moins on attend sur le bord de la route, là c'est tout à fait évident. Ensuite, j'ai continué le périple par les chutes du Nil Bleu et l lac Tana où je me suis baigné. En arrivant à Addis Abeba, j'étais un peu court en argent liquide. Le lendemain matin, je vais à la banque centrale : Pas de distributeur, je cherche dans les étages car dans n'importe quel pays au monde il existe un vague bureau poussiéreux au fond de la banque avec un employé qui prend note de vote identité, regarde la CB d'un air suspicieux, envoie un vieux téléx sur une machine d'un autre siècle et vous délivre d l'argent liquide 48 heures plus tard. Eh bien tout ceci n'existe pas en Ethiopie !!!!! Un chef de service m'a dit, l'air désolé que "les débits CB se faisaient au Kenya et seulement 2 commerces acceptent la CB : Ethiopian Airlines et le Hilton". Il ajoute "Sorry, we are a bit late for that". Passablement énervé, j'ai répondu qu'il n'étaient pas "a bit late" mais complètement "has been" et que l'on était plus au Moyen-âge. Le pauvre n'y étais pourrien, j'ai regretté de m'être emporté. Je vais donc à Ethiopian Airlines, la fille du comptoir était OK pour me filer du liquide si je paie en carte la prochaine commande d'un client qui lui aurait payé en cash. Au dernier moment, la directrice a refusé disant que si ce client annulait, ma CB serait recréditée alors qu'il avait payé en liquide. Je suis donc allé au Hilton pour négocier avec le caissier du restaurant. J'ai demandé à chaque client qui sortait de table si je pouvais payer son repas avec ma CB et récupérer son argent liquide : Plus de 30 refus, j'étais vert. J'appelle l'ambassade de France après avoir fait mes comptes, il me manquait 35 € ! ! ! ! Au téléphone, j'entends : "Encore un ! vous êtes le 6ème cette semaine !!!" On me conseille de demander à ma famille de l'argent via Western union, l'ambassade ne fera rien de plus. De retour à mon petit hôtel ( 6 € la chambre) je suis un peu secoué par une rude journée, tout ça pour 35 €. Le réceptionniste vient me voir et demande si tout va bien ? Je lui explique la situation. Il propose de m'inviter à dîner chez ses parents. Quand nous arrivons, ils avaient été prévenus et un véritable banquet de fêtes nous attendait, c'était très gênant. Et puis le lendemain, il a insisté pour m'inviter au restaurant, impossible de refuser le plat de spaghetti avec un petit peu de sauce tomates offert de bon coeur. Je lui ai demandé qu'elle serait pour lui "une journée de rêve à Addis". Il a répondu sans hésiter, aller à la piscine de l'hôtel Eden et manger un hamburger. Le lendemain, l'argent est arrivé, mes parents m'ont envoyé 1.300 € !!!!!! Je l'invite donc à la piscine mais il a failli se faire refouler par la sécurité, car il n'avait pas de maillot de bain, il était en slip. Je plonge dans l'eau verte un peu moussu et pas très clean. Lui hésite, je l'incite à venir me rejoindre et il me saute dessus, puis se débat comme un chien, s'accroche à moi en avouant qu'il ne sait pas nager. Je l'ai accroché au bord en disant que c'était courageux mais très dangereux de sauter dans le grand bain sans savoir nager, il répond qu'il a confiance en moi, je suis troublé. J'ai demandé au maître nageur une ceinture de liège ou une planche. Il n'avait qu'une vieille chambre à air avec laquelle j'ai donné son premier cours de natation à mon ami Ethiopien. Puis, nous avons mangé un hamburger au barbecue du bord de la piscine et là, entre deux bouchées, il s'est mis à pleurer en disant que c'était le plus beau jour de sa vie. C'était très émouvant, j'étais mal, je n'arrivais plus à manger. Etant croyant, je suis persuadé qu'il y a un signe divin sous cette histoire. Pour me montrer, me prouver qu'après avoir pas mal voyager dans tous ces pays, justement, dans le plus pauvre d'entre eux, je dépends toujours de mes frêres, pour manger et pour survivre. Cela ne m'était jamais arrivé auparavant, du coup cela fait réfléchir. Se sentir pauvre chez les pauvres, et dépendre d'eux pour sa propre survie, c'est une grande leçon d’humilité que je n’oublierai jamais

2001 février Soudan & Ethiopie
2001 février Soudan & Ethiopie
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